le chapitre d’aujourd’hui

Ce soir, je relisais les anciennes entrées de ce journal – certaines datent de presque trois ans, avant que je ne parte en service… ça m’a fait réfléchir au parcours que j’ai pris, un parcours qui m’a amené à travers le Québec pour rencontrer toutes les sortes de gens et vivre toutes les sortes d’expériences. Et finalement, maintenant que je suis de retour à Ottawa, en train de me remettre de mon expérience, je trouve que j’ai quand même fait une bonne job.

Bien sûr c’est archi-certain que je regrettais ne pas avoir pu faire plus durant mon séjour. Il y en a certains, par contre, qui m’écouteraient dire ça comme si j’étais un fou… et rapidement je me ferais corriger, ben non, mon gars, regarde tout ce que t’as fait dans le coin… tu grouillais comme un maniaque… tellement qu’on se demandait comment t’allais faire pour survivre ça! Oui, effectivement, c’est vrai – et j’en ai pris plus que j’ai su composer avec, ce qui m’a amené au point d’épuisement. Peut-être aurais-je préféré être mieux balancé, mieux dans ma peau, plus confortable avec ma vie, moins déchiré par mes quelconques démons. Car j’ai comme le sentiment que, si seulement… aaahh ces deux petits mots terribles et destructeurs… si seulement j’aurais été plus avancé dans mon cheminement, si seulement j’avais pris la peine de règler mes problèmes avant, j’aurais pu en faire plus pendant mon séjour. Qui sait, je serais peut-être encore là. Mais je me fais des illusions avec mes “si seulements” , ce n’est pas comme ça que la vie l’a voulu…

Je savais, lorsque je quittais pour Victoriaville ce jour de Naw-ruz, que j’avais besoin de changer. Mon bac fini, j’étais prêt pour une aventure, j’en avais marre de ma vie de tous les jours qui tournait et tournait autour de moi et de rien, ma vie pleine d’ennuis et de peines d’amour, où j’agissais et réagissais sans savoir pourquoi, et où une angoisse et une frustration muette me rongeait l’âme. En même temps je sentais monter en moi le désir de connaître le service et la vertu, de connaître ce qu’il y a de plus sacré et de plus beau dans ce monde. Je voulais connaître Dieu et le servir. Et je voulais me connaître moi-même. J’avais l’impression parfois que je ne faisais que fuir de moi-même.

Alors j’ai prié. J’ai prié que Dieu fasse de moi un instrument spécialisé pour son service. J’ai prié pour avoir des tests et des difficultés. J’en voulais, parce qu’au fond de moi, je savais que j’en ai de besoin. Ça montre qu’on reçoit ce qu’on demande. Dieu est plein de sagesse et de bonté. Je voulais que ça soit difficile, c’était difficile. Je voulais être spécialisé pour son service, et bon, je crois que je prends mes premiers pas sur cette route… Aider à fonder deux assemblées spirituelles locales, c’est déjà quelque chose… en plus d’être pionnier à 22 ans, coordonnateur régional de l’institut, secrétaire d’assemblée, membre du comité pour la coordination des conférences des jeunes, sans auto et sans travail à temps plein… c’est toute une introduction au service!

Je relisais ce que j’ai écrit dans les premiers mois et je vois comment j’étais plein de vie et d’énergie, engagé à fond et prêt à déplacer les montagnes pour servir la Cause, dépendant sur Dieu, émerveillé par les évidences de son pouvoir dans toutes choses… et maintenant je soupire un peu, en me sentant fatigué, atterré, bouleversé même par le fait d’avoir connu un bas-fond émotif profondément détraquant. Mais c’est important, c’est bien même. C’est bien de connaître ses émotions, les hauts et les bas. Les connaître, c’est la première étape à prendre pour éventuellement les maîtriser. D’en parler, ça aide beaucoup, je trouve. Je n’aurais pas pu survivre si je n’aurais pas eu des gens à qui parler, des épaules sur lesquels pleurer, des voix pour me calmer quand j’étais affollé. J’espère que chacun de vous lecteurs, vous avez des gens comme ça, à qui vous pouvez parler de vos joies et de vos peines – des gens qui vous écoutent sans en demander plus, qui se soucient de vous et qui tiennent à votre bien-être.

Bref… j’ai beaucoup appris. Et bien que je ne me trouve plus au Québec, je garde sa mémoire bien au chaud, proche de mon coeur. L’histoire n’est pas finie, le chemin non plus.

À bientôt…

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